MEDITATIONS



LAO-TSEU
tao to king
(extraits)



"En n’exaltant pas les hommes de talent,
on obtient que le peuple ne lutte pas.
En ne prisant pas les biens d’acquisition difficile,
on obtient que le peuple ne soit pas voleur.
En ne lui montrant pas ce qu’il pourrait convoiter,
on obtient que le cœur du peuple ne soit pas troublé.
Voilà pourquoi le Saint, dans son gouvernement,
vide le cœur des hommes et remplit leur ventre,
affaiblit leur volonté et fortifie leurs os,
de manière à obtenir constamment que le peuple soit sans savoir et sans désirs,
et que ceux qui savent n’osent pas agir.
Il pratique le Non-agir,
et alors il n’y a rien qui ne soit bien gouverné."

*
"Atteins le vide extrême et maintiens une tranquillité rigoureuse.
En atteignant un vide extrême et en maintenant une tranquillité rigoureuse,
tandis que les dix mille êtres tous ensemble se débattent activement,
moi, je contemple leur retour dans le néant.

En effet, les êtres fleurissent, et puis chacun revient à sa racine.
Revenir à sa racine s’appelle la tranquillité ; cela veut dire déposer sa tâche.

Déposer sa tâche est une loi constante.
Celui qui connaît cette loi constante s’appelle éclairé.

Celui qui ne connaît pas cette loi constante agit comme un sot et s’attire le malheur.
Celui qui connaît cette loi constante est tolérant ; tolérant, il est sans préjugé ; sans préjugé, il est compréhensif ; compréhensif, il est grand ; grand, il est identique à la Voie ; identique à la Voie, il dure longtemps ; jusqu’à la fin de sa vie, il n’est pas en péril.."

*

"Le ciel et la terre sont inhumains ;
ils traitent les dix mille êtres comme des chiens de paille.
Les Saints sont inhumains ;
ils traitent le peuple comme des chiens de paille.
L’espace entre le ciel et la terre,
comme il ressemble à un soufflet de forge !
Vidé, il n’est pas épuisé ;
mis en branle, il produit de plus en plus.
Une quantité de mots est vite épuisée.
Mieux vaut conserver le juste milieu.(...)"

*

Sur la pointe des pieds, on ne se tient pas debout.
Avec les jambes écartées, on ne marche pas.
En s’exhibant, on ne brille pas.
En s’affirmant, on ne se manifeste pas.
En se vantant, on ne réussit pas.
En se targuant, on ne devient pas le chef.
D’une telle attitude à l’égard de la Voie, on peut dire :
« Une nourriture surabondante et des actions répétées
jusqu’à l’écœurement répugnent, sans doute, à tous les êtres. »
C’est pourquoi celui qui possède la Voie ne s’en occupe  pas..(...)

*

Ce que l’on regarde sans le voir s’appelle incolore.
Ce que l’on écoute sans l’entendre s’appelle aphone.
Ce que l’on touche sans le saisir s’appelle subtil.
Ces trois qualités ne peuvent être scrutées davantage,
car, confondues, elles ne font qu’un.
Son lever n’est pas rayonnant ni son coucher obscur.
Opérant en ramifications infinies qui ne peuvent être
exprimées par des termes, elle retourne à l’immatériel.
C’est ce qu’on appelle Forme de l’Informe, Image de
l’Immatériel ; mais ces appellations ne sont que de
vagues approximations.
Va au devant d’elle et tu n’en verras pas le chef. Suis-la
et tu n’en verras pas l’arrière.
Si l’on s’attache à la voie de l’antiquité pour diriger
l’existence d’aujourd’hui, on peut connaître l’origine
primordiale ; cela s’appelle démêler le fil de la Voie. (...)

*

Quand la grande Voie est déchue,
 il y a l’humanité et la justice.
Quand l’intelligence et la connaissance se montrent,
il y a une grande culture artificielle.
Quand les six parents ne vivent pas en harmonie,
il y a des fils filiaux.
Quand l’État et la dynastie sombrent dans le désordre,
il y a des ministres fidèles.

*

Sur la pointe des pieds, on ne se tient pas debout.

Avec les jambes écartées, on ne marche pas.
En s’exhibant, on ne brille pas.
En s’affirmant, on ne se manifeste pas.
En se vantant, on ne réussit pas.
En se targuant, on ne devient pas le chef.
D’une telle attitude à l’égard de la Voie, on peut dire :
« Une nourriture surabondante et des actions répétées
jusqu’à l’écœurement répugnent, sans doute, à (tous) les
êtres. »
C’est pourquoi celui qui possède la Voie ne s’en occupe
pas.

*

Ceux qui veulent saisir l'empire par l'action,
j'ai vu qu'ils sont tombés dans l'embarras.
On peut façonner le vase spirituel de l'empire.
Quiconque le façonne l'abîme.
Quiconque le retient le perd.
C'est pourquoi le saint ne fait rien, et ainsi il n'abîme rien,
 il ne retient rien, et ainsi  il ne perd rien.
Car les êtres soont tantôt en avant, tantôt en arrière,
tantôt ils soufflent doucement, tantôt ils halètent violemment,
tantôt ils sont forts, tantôt ils sont embarrassés,
tantôt ils commencent, tantôt ils déchoient.
C'est pourquoi le saint évite une trop grande emphase,
il évite de se prodiguer, il évite ce qui est excessif
.

*


Si l’on traite (le vase) le plus achevé comme fêlé, il ne
s’abîme pas à l’usage.
Si l’on traite le vase le plus plein comme vide, il ne
s’épuise pas à l’usage.
Le plus droit, considère-le comme tordu ; le plus habile,
comme maladroit ; le plus éloquent, comme un bégayant.
Si le trépignement surmonte le froid, la tranquillité
surmonte la chaleur.
La pureté et la tranquillité sont la règle du monde.

*

Si avec la moindre connaissance je marchais sur la
grande Voie, je craindrais seulement de m’égarer.
Bien que la grande Voie soit très unie, les hommes aiment les
sentiers.
Quand la Cour est bien purgée, mais que les champs
sont pleins de mauvaises herbes et que les greniers sont
entièrement vides ; quand on porte des robes brodées,
qu’on se ceint d’épées tranchantes, qu’on se rassasie de
mets et qu’on possède un surplus de biens, j’appelle cela
pillage et hâblerie.
Pour sûr, c’est contraire à la Voie.


*

Dans l’antiquité, ceux qui excellaient à pratiquer la Voie ne l’employaient pas pour éclairer le peuple, mais pour l’abrutir.
 
Le peuple est difficile à gouverner quand il a trop de savoir.
C’est pourquoi celui qui gouverne un pays au moyen du savoir est un fléau pour ce pays. Celui qui ne gouverne pas un pays au moyen du savoir est un bonheur pour ce pays. Celui qui sait ces deux choses scrute aussi la Mesure.
Savoir constamment scruter la Mesure s’appelle la Vertu secrète.
 Cette Vertu secrète est profonde, elle est étendue et va à rebours des choses, jusqu’à ce qu’elle atteigne enfin la grande Conformité.

*


Si tu abolis la sagesse et rejettes le savoir, le peuple en aura cent fois plus de profit.
Si tu abolis l’humanité et rejettes la justice, le peuple reviendra à la piété filiale et à l’amour maternel.
Si tu abolis l’adresse et rejettes l’amour du gain, les voleurs et les bandits disparaîtront.
De peur que ces trois préceptes ne soient considérés comme lettre morte insuffisante,
Veille à ce qu’il y ait quelque chose en quoi l’on puisse trouver un appui.
Montre une simplicité naturelle et cramponne-toi à ce qui est sans artifice ; amoindris les intérêts privés et diminue les désirs.




Par MANUJI - Ecrire un commentaire

 
Un ion libre au pays des gurus...


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Jaddhu Krishnamurti naquit dans une famille de Brahmanes dont le père était un fer- vent disciple de la société théosophique . Reconnu comme l'élu de cette société qui fut annoncé par madame Blavatsky en 1889, il devint "l'objet" de la société et fut installé
à l'âge de 16 ans  à la tête de l'Ordre International de l'Étoile d'Orient. Mais le jeune garçon qui ne croyait pas en quelque élu ni en aucun maître  voulut cesser d'être l'objet de toutes les convoitises et refusa son rôle au sein de le société théosophique, ce qui provoqua une grande confusion en annonçant sa dissolution en 1929. Pour lui, le chemin de la réalisation se faisait sans religion, sans maître et surtout sans secte. il rejeta toute sa vie le rôle de guru et créa plusieurs  écoles à travers le monde. Il refusa toute forme d'autorité sur les disciples. Son enseignement avait pour but de rendre les hommes  libres. Il resta persuadé que l'homme devait faire évoluer sa conscience et la connaissance de
soi loin de toute limite religieuse. Il voyagea beaucoup autour du globe pour enseigner sa pensée et laissa de nombreux volumes d'écrits sur sa philosophie.





 REFLEXIONS:

 
"En vérité, nous ne voulons pas nous connaître, comprendre nos impulsions, nos réactions, tout le processus conscient et inconscient de pensée ;  nous préférons adopter un système qui nous garantisse un résultat. Cette poursuite est invariablement engendrée par notre désir de trouver une sécurité, une certitude, et le résultat n'est évidemment pas la connaissance de soi."
 
 
*
 
 
 
 "Ce qui est éternel ne peut faire l'objet d'aucune quête ; l'esprit ne peut l'acquérir. Il survient lorsque l'esprit est silencieux et tranquille, et il ne peut l'être que s'il est simple, s'il a cessé d'emmagasiner, de condamner, de juger, de peser. L'esprit qui analyse, qui calcule, n'est pas un esprit simple."


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"Toute relation  fondée sur des besoins réciproques n'aboutit qu'au conflit. Quelle que soit notre interdépendance, nous nous utilisons réciproquement en vue de certaines fins, de certains buts."


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"Je n'attaque pas les croyances, je cherche à voir pourquoi nous les acceptons. Et si nous pouvons comprendre nos motifs, les causes de notre acceptation, alors peut-être pourrons-nous non seulement savoir pourquoi nous les acceptons , mais aussi nous en libérer."


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"Si je suis stupide et que je décrète que je dois devenir intelligent, mes efforts en ce sens ne sont qu'un degré de plus dans la stupidité, car l'essentiel, c'est de comprendre la stupidité. J'aurai beau m'évertuer à l'intelligence, ma stupidité demeurera. Je peux éventuellement acquérir un vernis superficiel de connaissances, faire des citations, réciter des textes des grands écrivains, mais fondamentalement, je serais toujours aussi stupide."


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" La renonciation, le sacrifice de soi, ce n'est pas un geste de noblesse digne d'éloge et d'exemple. Nous possédons, parce que sans possession nous ne sommes rien... Tant que vous ne voulez pas être rien, ce qu'en fait vous êtes, vous engendrez immanquablement la souffrance et l'antagonisme. (...)"


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"Nous aimons généralement exploiter et être exploité et ce système en donne les moyens, qu'ils soient secrets ou qu'ils s'étalent au grand jour. Exploiter c'est être exploité. Le désir d'utiliser les autres pour ses propres fins psychologiques mène à la dépendance, et lorsque vous dépendez, vous devez posséder, détenir ; et ce que vous possédez vous possède."


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"Nous n'avons pas besoin d'un acte de foi pour croire en l'existence du soleil, des montagnes, des rivières, ni pour voir la réalité de nos querelles conjugales - ni pour savoir que la vie est une horrible souffrance, avec ses angoisses, ses conflits, son ambition incessante : c'est un fait. Mais nous revendiquons une croyance lorsque nous voulons fuir les faits pour plonger dans l'irréalité."


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 "Dès que l'insécurité s'insinue au coeur de la dépendance, comme c'est inévitablement le cas, alors on laisse tomber la relation pour en nouer une autre, d'en l'espoir d'y trouver une sécurité durable ; mais il n'existe de sécurité dans aucune relation, et la dépendance n'engendre que la peur."


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L'amour est le facteur manquant : nos relations manquent d'affection, de chaleur humaine, et parce que cet amour, cette tendresse, cette générosité, cette compassion sont absents de nos relations, nous fuyons dans l'action de masse, avec pour résultat toujours plus de confusion et de détresse. Nous avons le coeur rempli de plans de réformes mondiales, au lieu de nous tourner vers l'unique élément de solution : l'Amour.

 
   
*
 
Lorsqu'on cherche à se réaliser, de quelque façon que ce soit_ à travers la peinture, la musique, la relation, que sais-je encore_ la peur est toujours présente. L'essentiel est donc de prendre conscience de tout ce processus du moi, de l'observer, d'apprendre à le connaître, et non de chercher à savoir comment se débarrasser de la peur.


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Notre pensée part toujours de notre centre pour aller vers la périphérie, mais pour la plupart d'entre nous, c'est la périphérie qui constitue notre centre, donc tout ce que nous touchons est superficiel. Or la vie n'est pas superficeille; elle exige d'être vécue complètement, mais parce que nous ne vivons que d'une manière superficielle, nous ne connaissons que des réactions superficielles.


*

 

 
 Quand l'amour est là, le problème est simple. Quand l'amour est absent,   le problème se complique. Quand l'amour est là, il ne saurait être question de devoir, le mot devoir disparait . Seul celui qui n'a pas d'amour dans le coeur parle de droits et de devoirs.


*

 
 
 
"L'amour ne connait ni fusion ni diffusion, il n'est ni personnel ni impersonnel, c'est un état d'être que l'esprit n'est pas apte à trouver ; il peut le décrire, le désigner, le nommer, mais le mot, la description ne sont pas l'amour. Ce n'est que lorsque l'esprit est silencieux et immobile qu'l peut connaitre l'amour, et cet état de tranquilité n'est pas une chose qui se cultive".
 
 
 
 *
 
"Nous passons presque toute notre vie dans l'effort et le conflit ; et ces efforts, ces luttes, ces combats sont un gaspillage d'énergie.  Tout au long de l'époque historique de l'humanité, l'homme a affirmé que pour découvrir la réalité de Dieu , le célibat était indispensable...Céder aux instincts est un gaspillage d'énergie. Mais le refoulement occasionne un gâchis nettement plus important. L'effort qu'on fait pour refouler, dominer, nier son désir déforme l'esprit, et cette distortion de l'esprit entraîne un certain sentiment d'austérité qui devient finalement de la dureté..."


*

 
Sans passion, comment la beauté peut-elle exister?
Toute chose façonnée par l'homme
  comme une cathédrale, un temple, un tableau, un poème ou une statue peut  être belle ou non. Mais il existe une beauté qui est au delà du sentiment et de la pensée, qui ne peut être  réalisée, comprise ou connue s'il n'y a la passion. La passion n'a absolument rien à voir avec l'émotion. Ce n'est pas une chose respectable ; c'est une flamme qui détruit tout ce qui est faux. Et nous avons tellement peur de laisser cette flamme dévorer tout ce à quoi nous tenons si chèrement, tout ce que nous qualifions d'important.
 
 

*
 
 
 
"N'ayez pas peur du mot passion. La plupart des textes religieux, des gourous, des swamis, des leaders et j'en passent disent : "fuyez lapassion". Mais sans passion comment peut-on être sensible à la laideur, à la beauté, au chuchotement du feuillage, au coucher de soleil, à un sourire, à un cri ?  Comment peut-on être sensible sans ce sentiment de passion dans lequel est un abandon?"

 
 *
 
"Il faut se rendre compte que les émotions, les sentiments, l'enthousiasme, l'impression qu'on a d'être bon, et ainsi de suite, n'ont absolument rien à voir avec l'affection, la compassion réelles. tous les sentiments, toutes les émotions sont liées à la pensée et c'est pourquoi ils aboutissent au plaisir  et à la douleur. L'amour est dénué de toute douleur ou souffrance, parce qu'il n'est ni le fruit ni du plaisir ni du désir."

 
 
*
 
"Une croyance, religieuse ou politique, nous interdit de nous connaitre, de toute évidence. Elle agit comme un écran à travers lequel nous regardons. Mais nous est-il possible de nous voir nous même, si nous n'avons pas de croyances? ...SI nous n'avons pas de croyances auxquelles notre pensée nous a identifié, l'esprit n'étant pas identifié à rien est capable de se voir tel qu'il est et c'est assurément là que commence la connaissance de soi."
 
 
 
 
*
 
"Un intellect bien brodé n'est pas un gage d'intelligence. L'intelligence, en réalité, apparaît lorsqu'on agit en parfait état d'harmonie, tant au niveau intellectuel qu'émotionnel. Il y a une énorme différence entre l'intellect et l'intelligence... Tant que vous abordez l'existence avec votre seul intellect, au lieu d'y impliquer à fond votre intelligence, nul système au monde ne délivrera l'homme de l'éternel labeur de la quête du pain quotidien..."
 
 

*
 
 "Dès qu'on observe un sentiment, il cesse d'exister...Dès l'instant où vous donnez un nom, où vous mettez une étiquette à ce sentiment, vous l'avez ramené dans le cadre de tout ce qui est vieux; et le vieux, c'est l'observateur,  l'entité séparée, faite de mots, d'idées, d'opinions sur ce qui est juste ou faux... Mais si vous ne nommez pas ce sentiment, vous vous apercevrez qu'il n'ya plus d'observateur, de penseur, de centre à partir duquel vous jugez, et que vous n'êtes pas différent de ce sentiment. Ce "vous" qui ressent n'est plus".

 
 
*
 
 
"Lorsque nous donnons un nom à une chose que nous voyons, que nous sentons ou qui fait pour nous l'objet d'une expérience, le mot prend une importance extraordinaire. toute pensée est un processus de mise en mots, c'est en mots que nous pensons. L'esprit peut-il se libérer des mots ?... interrogez-vous vous même et voyez à quel point vous êtes esclaves de mots tels que l'Inde, communisme, chrétien, Russe, Américain, Anglais, ou caste inférieure ou supérieure à la votre. Le mot "amour", le mot "dieu", le mot "méditation" - quelle importance extraodinaire nous avons donné à ces mots, et combien nous en sommes esclaves !"

 

*
 
 "Si vous observez soigneusement votre pensée, vous verrez que, bien que ses réactions soient très  rapides, il y a des trous, des arrêts entre une pensée et l'autre. entre deux pensées, il y a une période de silence, laquelle n'est pas reliée au processus de la pensée. Si vous l'examinez, vous verrez que cette période de silence, que cet intervalle, n'appartient pas au temps, et la découverte de cet intervalle, sa pleine perception, vous libère du conditionnement, il y a affranchissement du conditionnement..."


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"...N'étant pas en position de fuite, je commence à comprendre la souffrance, mon esprit est attentif, alerte, vif, aiguisé, ce qui veut dire que je deviens sensible, et que si je suis sensible, j'ai conscience de la souffrance des autres..."


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" La souffrance prend pour chacun de nous des formes différentes: elle peut être liée à une relation, à la mort de quelqu'un, à l'impossibilité de se réaliser qui mène au dépérissement et au néant, ou encore liée aux efforts pour réussir, devenir quelque chose, et qui se heurtent à l'échec total. Et il y a partout le problème de la souffrance sur le plan physique. Cete chose est partout, et la mort nous attend au tournant. Mais nous ne savons pas comment faire face à la souffrance, alors nous la vénérons, nous la rationalisont, ou nous essayons de la fuir...Ne serais-ce pas merveilleux, si, tandis que vous écoutez, en l'absence de tout sentiment ou émotion, vous pouviez réellement comprendre la souffrance et vous en libérer totalement ? Parce qu'il n'y aurait plus de mensonges envers soi-même ni d'illusions, d'angoisse ou de peur et l'esprit pourrait fonctionner avec clarté, acuité et logique. Peut- être saurions-nous alors ce qu'est l'amour."



*

 
  
 
"Il peut se faire que vous soyez superficiellement d'accord lorsque vous entendez dire que le nationalisme, avec tout son impact émotionnel et les intérêts qu'il défend , mène à l'exploitation et à l'opposition des hommes entre eux; mais délivrer réellement votre esprit de la petitesse du nationalisme est une toute autre affaire. Se libérer non seulement du nationalisme, mais aussi de toutes les conclusions des religions établies
 et des systèmes politiques en place, est une chose essentielle si l'on veut avoir un esprit jeune, frais, innocent, autrement dit en état de révolution; et cet esprit là est le seul à pouvoir créer un nouveau monde ;  contrairement aux politiciens, qui sont morts, et aux prêtres, empêtrés dans leurs propres systèmes religieux."



*

 
 
 
"Nous sommes en conflit les uns avec les autres, et notre univers est en voie de destruction. Les crises, les guerres se succèdent; la famine et  la misère règnent, avec d'un côté ceux qui sont immensément riches, drapés dans leur respectabilité, et de l'autre les pauvres. Ce qu'il faut pour résoudre ces problèmes, ce n'est ni un un nouveau système de pensée, ni une révolution économique : c'est en comprenant ce qui est _ le mécontentement _, en scrutant sans cesse au plus profond de ce qui est, que se déclenchera une révolution d'une portée beaucoup plus vaste que la révolution des idées. Et  c'est cette révolution là qui est indispensable à l'avènement d'une autre culture, d'une autre religion, d'une autre relation d'homme à homme."

*
*

 

"La vérité ne se rencontre que d'instant en instant, ce n'est pas un phénomène continu, mais l'esprit qui cherche à la découvrir, étant lui même le produit du temps, ne peut fonctionner que dans le champs du temps; il est donc incapable de trouver la vérité..."





Pourquoi l'esprit vieillit-il? Il devient vieux en ce sens qu'il se délabre, se détériore, se répète, s'engonce dans les habitudes, qu'elles soient sexuelles, religieuses, professionnelles ou liées à l'ambition. L'esprit est tellement encombré par des myriades d'expériences et de souvenirs, tellement meurtri et éprouvé par la souffrance qu'il ne peut plus rien voir d'un grand frais; il ne sait que traduire ce qu'il voit en terme de souvenirs personnels, de conclusions, de formules, de notions d'emprunt, il se plie à l'autorité, il est devenu vieux...


*


"...Voir est une des choses les plus difficiles au monde : voir ou entendre, ces deux perceptions sont semblables. Si vos yeux sont aveuglés  par vos soucis, vous ne pouvez pas voir la beauté d'un coucher de soleil. Nous avons, pour la plupart, perdu le contact avec la nature. La civilisation nous concentre de plus en plus autour des grandes villes ; nous devenons de plus en plus des citadins, vivant dans des appartements encombrés, disposant de moins en moins de place, ne serait-ce que pour voir le ciel un matin ou un soir. Nous perdons ainsi beaucoup de beauté. Je ne sais pas si vous avez remarqué combien peu nombreuses sont les personnes qui regardent le soleil se lever ou se coucher, ou des clairs de lune, ou des reflets dans l'eau..."


*


La quête de la réalité exige une immense énergie ;  et si l'homme ne s'investit pas dans cette quête,  il dissipe son énergie dans des voies qui n'engendrent que  le malheur, c'est pourquoi la société le met sous surveillance.  La société façonne et contrôle l'individu...étouffant par là même cette énergie... Et, vous avez peut-être remarqué un autre fait tout simple et très interessant, à savoir qu'il suffit qu'on ait vraiment envie de faire quelque chose pour en avoir l'énergie. Cette énergie devient elle même un agent de contrôle, vous n'avez donc plus besoin d'aucune discipline extérieure. Dans cette quête de la réalité,
l'énergie crée sa propre discipline...


*

Le monde entier idolâtre le succès.
On entend partout des histoires comme celle du jeune homme pauvre qui, à force de nuits d'études, a fini par devenir juge, ou celle du petit livreur de journeaux devenu millionnaire.  La glorification du succès est notre pain quotidien. L'obtention de tout succès important se double aussi d'une grande souffrance ; mais nous nous laissons le plus souvent happer par le désir de réussite, et le succès compte pour nous beaucoup plus que la compréhension et la dissolution de la souffrance..."







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AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA
F. Nietzsche


extraits choisis

"Depuis qu'il existe des hommes, l'homme s'est trop peu réjoui : celà seul mes frères c'est notre péché originel ! En apprenant à mieux nous réjouir, nous oublions d'autant mieux à faire du mal à d'autres et à nous imaginer comment faire mal..."


DES PRÊTRES :


Un jour Zarathoustra fit une parabole à ses disciples et il leur parla ainsi: "Voici des prêtres: et bien que ce soient mes ennemis, passez devant eux  silencieusement et l'épée au fourreau!"  Parmi eux aussi il y a des héros; beaucoup d'entre eux ont trop souffert: c'est   pourquoi ils veulent faire souffrir les autres. Ils sont de dangereux ennemis: rien n'est plus vindicatif que leur humilité. Et il  peut arriver que celui qui les attaque se souille lui-même. Mais mon sang est parent du leur; et je veux que mon sang soit honoré même dans le leur ?

Et lorsqu'ils eurent passé, Zarathoustra fut saisi de douleur ; puis, après avoir lutté quelque temps avec sa douleur, il commença à parler ainsi: "Ces prêtres me font pitié. Ils me sont encore antipathiques: mais depuis que je suis parmi les hommes, c'est là pour moi la moindre des choses. Pourtant je souffre et j'ai souffert avec eux: prisonniers, à mes yeux, ils portent la marque des réprouvés. Celui qu'ils appellent Sauveur les a mis aux fers:  Aux fers des valeurs fausses et des paroles illusoires! Ah, que quelqu'un les sauve de leur Sauveur!

Alors que la mer les démontait, ils crurent un jour atterrir à une île; mais voici, c'était un monstre endormi! Les fausses valeurs et les paroles illusoires: voilà, pour les mortels, les monstres les plus dangereux, longtemps la destinée sommeille et attend en eux. Mais enfin elle s'est éveillée, elle s'approche et dévore ce qui sur elle s'est construit des
demeures.

"Oh! voyez donc les demeures que ces prêtres se sont construites! Ils appellent églises leurs cavernes aux odeurs fades. Oh! cette lumière factice, cet air épaissi! Ici l'âme ne peut pas s'élever jusqu'a sa propre hauteur."

Car leur croyance ordonne ceci: "Montez les marches à genoux, vous qui êtes pécheurs!"
En vérité, je préfère voir un regard impudique, que les yeux battus de leur honte et de leur dévotion. Qui donc s'est créé de pareilles cavernes et de tels degrés de pénitence? N'était-ce pas ceux qui voulaient se cacher et qui avaient honte du ciel pur? Et ce n'est que quand le ciel pur traversa les voûtes brisées, quand il contemplera l'herbe et les pavots rouges qui croissent sur les murs en ruines, que j'inclinerai de nouveau mon coeur vers les demeures de ce Dieu.

Ils pensèrent vivre en cadavres, ils drapèrent de noir leurs cadavres; et même dans leurs discours je sens la mauvaise odeur des chambres mortuaires. Et celui qui habite près d'eux habite près de noirs étangs, d'où l'on entend chanter la douce mélancolie du crapaud sonneur. Il faudrait qu'ils me chantassent de meilleurs chants pour que j'apprenne à croire en leur Sauveur: il faudrait que ses disciples aient un air plus sauvé!
Je voudrais les voir nus: car seule la beauté devrait prêcher le repentir. Mais qui donc pourrait être convaincu par cette affliction masquée!

En vérité, leurs sauveurs eux-mêmes n'étaient pas issus de la liberté et du septième ciel de la liberté! En vérité, ils ne marchèrent jamais sur les tapis de la connaissance. L'esprit de ces sauveurs était fait de lacunes; mais dans chaque lacune ils avaient placé leur folie, leur bouche-trou qu'ils ont appelé Dieu. Leur esprit était noyé dans la pitié et quand ils enflaient et se gonflaient de pitié, toujours une grande folie nageait à la surface.

Ils ont chassé leur troupeau dans le sentier, avec empressement, en poussant des cris: comme s'il n'y avait qu'un seul sentier qui mène à l'avenir! En vérité, ces bergers, eux aussi, faisaient encore partie des brebis! Ces bergers avaient des esprits étroits et des âmes spacieuses; mais, mes frères, quels pays étroits furent, jusqu'à présent, même les âmes les plus spacieuses! Sur le chemin qu'ils suivaient, ils ont inscrit les signes du sang, et leur folie enseignait qu'avec le sang on témoigne de la vérité.

Mais le sang est le plus mauvais témoin de la vérité; le sang empoisonne la doctrine la plus pure et la transforme en folie et en haine des coeurs.

Et lorsque quelqu'un traverse le feu pour sa doctrine, qu'est-ce que cela prouve? C'est bien autre chose, en vérité, quand du propre incendie surgit la propre doctrine. Le coeur en ébullition et la tête froide: quand ces deux choses se rencontrent, naît le tourbillon que l'on appelle Sauveur.

En vérité, il y eut des hommes plus grands et de naissance plus haute que ceux que le peuple appelle sauveurs, ces tourbillons entraînants! Et il faut que vous soyez sauvés et délivrés d'hommes plus grands encore que de ceux qui étaient les sauveurs, mes frères, si vous voulez trouver le chemin de la liberté. Jamais encore il n'y a eu de Surhumain. Je les ai vu nus tous les deux, le plus grand et le plus petit homme: Ils se ressemblent encore trop. En vérité, j'ai trouvé que même le plus grand était trop humain!



"DE LA MORSURE DE LA VIPERE"
(extrait)



                                                          
Un jour, comme il faisait chaud, Zarathoustra s'était endormi sous un figuier et il avait mis ses bras sur la figure. Vint une vipère qui le mordit au cou. Zarathoustra cria de douleur. Lorsqu'il eut enlevé le bras de son visage, il regarda le serpent: celui-ci reconnut les yeux de Zarathoustra, se tordit maladroitement et voulut s'échapper.

 - non pas, dit Zarathoustra, je ne t'ai pas encore remercié ! tu m'as réveillé au moment voulu, ma route est encore longue.
 - Ta route n'est que courte, mon poison tue.
zarathoustra sourit:
 - Quand donc un dragon st-il mort du poison d'un serpent ? dit-il. Mais reprends ton poison ! Tu n'es pas assez riche pour m'en faire cadeau.

Alors le serpent, derechef, s'enroula autour de son cou et lui lêcha sa blessure.

A ses disciples:   "Les bons et les justes m'appellent le destructeur : mon histoire est amorale" Quand vous avez un ennemi, ne lui rendez pas le bien pour le mal : car celà lui ferait honte. Mais prouvez lui plutôt qu'il vous a fait du bien.

Plutôt vous mettre en colère que d'humilier. Et si l'on vous maudit, il ne me plait pas que vous vouliez bénir, allez-y plutôt à votre tour de vos maledictions. Et s'il vous a été fait une grave injustice, ajoutez-en vite 5 petites. Il est horrible à voir, celui qui est seul à être écrasé par l'injustice.  Le saviez-vous ? Une injustice partagée est déjà à moitié justice. Et que celui qui peut porter l'injustice, que celui-là s'en charge. Une petite vengeance est plus humaine que pas de vengeance du tout. Et si la punition n'est pas aussi un droit et un honneur pour celui qui transgresse, alors je n'aime plus votre façon de punir.

Il est plus noble de se donner tort que d'avoir raison, surtout lorsqu'on a raison. Seulement, il faut être assez riche pour celà. Je n'aime pas votre froide justice ; et dans l'oeil de vos vos juges je vois toujours toujours le regard du bourreau et son couperet froid.  Dites, où  trouve-t-on la justice, qui est amour avec les yeux ouverts ? Inventez le moi, cet amour qui ne porte pas seulement otus les châtiments mais aussi toute faute! Inventez la moi cette justice qui acquite tout le monde, excepté celui qui juge.

Vous voulez encore entendre ceci ? Pour celui qui veut être foncièrement juste, pour celui là même le mensonge sera amitié pour les hommes. Mais comment serais-je foncièrement juste ?  Comment puis je donner à chacun son du ? Que ceci me suffise: je donne à chacun ce qui est mien.

Enfin mes frères gardez-vous de commetre une injustice à l'égard d'aucun ermite ! Comment un ermite pourrait-il oublier ? Comment pourrait-il se venger ?  Un ermite est comme un puits profond. Il est facile de jeter une pierre dedans, mais si elle est tombée au fond, dites, qui ira l'en retirer ? Gardez-vous d'offenser le solitaire ! Mais si vous l'avez fait, tuez-le par dessus le marché !



DE LA VOIX DU CREATEUR
(extrait)


Tu obliges beaucoup de gens à changer d'avis sur toi; voilà pourquoi ils t'en voudront toujours. Tu t'es approché d'eux et tu as passé: c'est ce qu'ils ne te pardonneront jamais. Tu les dépasses: mais plus tu t'élèves, plus tu parais petit aux yeux des envieux.  Mais celui qui plane dans les airs est celui que l'on déteste le plus.
 
“Comment sauriez-vous être justes envers moi! c'est ainsi qu'il te faut parler je choisis pour moi votre injustice, comme la part qui m'est due.” Injustice et ordures, voilà ce qu'ils jettent après le solitaire: pourtant, mon frère, si tu veux être une étoile, il faut que tu les éclaires malgré tout! Et garde-toi des bons et des justes! Ils aiment à crucifier ceux qui s'inventent leur propre vertu, ils haïssent le solitaire.

Garde-toi aussi de la sainte simplicité! Tout ce qui n'est pas simple lui est impie; elle aime aussi à jouer avec le feu des bûchers. "Connais-tu le mot mépris? Et garde−toi des accès de ton amour! Trop vite le solitaire tend la main à celui qu'il rencontre.
 
Il y a des hommes à qui tu ne dois pas donner la main, mais seulement la patte: et je veux que ta patte ait aussi des griffes. Mais le plus dangereux ennemis que tu puisses rencontrer sera toujours toi même; c'est toi même que tu guettes dans les cavernes et les forêts.

Solitaire, tu suis le chemin qui mène à toi même! Et ton chemin passe devant toi même et devant tes sept démons. Tu seras hérétique envers toi même, sorcier et devin, fou et incrédule, impie et méchant. Il faut que tu veuilles te brûler dans ta propre flamme: comment voudrais−tu te renouveler sans t'être d'abord réduit en cendres! (...)

"Et méfie toi des bons et des justes, ils aiment à crucifier ceux qui s'inventent leur propre vertu. Ils haïssent le solitaire. Méfie-toi aussi dela sainte ingénuité. Tout ce qui n'est pas ingénu lui est impie ; elle aime à jouer aussi avec le feu des bûchers.

 
Et méfie toi aussi de ton amour ! Par trop vite le solitaire tend la main à celui qu'il rencontre. A certains hommes tu ne dois pas donner la main, mais seulement la patte : et je veux que ta patte ait aussi des griffes. (...)"



"DES HALLUCINÉS DE L'ARRIÈRE-MONDE"

Un jour Zarathoustra jeta son illusion par delà les hommes, pareil à tous les hallucinés de l'arrière-monde. L'oeuvre d'un dieu souffrant et tourmenté, tel lui parut alors le monde. Le monde me parut être le rêve et l'invention d'un dieu; semblable à des vapeurs coloriées devant les yeux d'un divin mécontent.

Bien et mal, et joie et peine, et moi et toi,—c'étaient là pour moi des vapeurs coloriées devant les yeux d'un créateur. Le créateur voulait détourner les yeux de lui-même, alors, il créa le monde.
C'est pour celui qui souffre une joie enivrante de détourner les yeux de sa souffrance et de s'oublier. Joie enivrante et oubli de soi, ainsi me parut un jour le monde. Ce monde éternellement imparfait, image, et image imparfaite, d'une éternelle contradiction—une joie enivrante pour son créateur imparfait: tel me parut un jour le monde.

Ainsi, moi aussi, je jetai mon illusion par delà les hommes, pareil à tous les hallucinés de l'arrière-monde. Par delà les hommes, en vérité?
Hélas, mes frères, ce dieu que j'ai créé était oeuvre faite de main humaine et folie humaine, comme sont tous les dieux.
Il n'était qu'homme, pauvre fragment d'un homme et d'un “moi”: il sortit de mes propres cendres et de mon propre brasier, ce fantôme, et vraiment, il ne me vint pas de l'au-delà!
Qu'arriva-t-il alors, mes frères? Je me suis surmonté, moi qui souffrais, j'ai porté ma propre cendre sur la montagne, j'ai inventé pour moi une flamme plus claire. Et voici! Le fantôme s'est éloigné de moi! Maintenant, croire à de pareils fantômes ce serait là pour moi une souffrance et une humiliation. C'est ainsi que je parle aux hallucinés de l'arrière-monde.

Souffrances et impuissances—voilà ce qui créa les arrière-mondes, et cette courte folie du bonheur que seul connaît celui qui souffre le plus. La fatigue qui d'un seul bond veut aller jusqu'à l'extrême, d'un bond mortel, cette fatigue pauvre et ignorante qui ne veut même plus vouloir: c'est elle qui créa tous les dieux et tous les arrière-mondes.
Croyez-m'en, mes frères! Ce fut le corps qui désespéra du corps,—il tâtonna des doigts de l'esprit égaré, il tâtonna le long des derniers murs.

Croyez-m'en, mes frères! Ce fut le corps qui désespéra de la terre,— il entendit parler le ventre de l'Être. Alors il voulut passer la tête à travers les derniers murs, et non seulement la tête,—il voulut passer dans “l'autre monde”.  Mais “l'autre monde” est bien caché devant les hommes, ce monde efféminé et inhumain qui est un néant céleste; et le ventre de l'Être ne parle pas à l'homme, si ce n'est comme homme. En vérité, il est difficile de démontrer l'Être et il est difficile de le faire parler. Dites-moi, mes frères, les choses les plus singulières ne vous semblent-elles pas les mieux démontrées?

Oui, ce moi,—la contradiction et la confusion de ce moi —affirme le plus loyalement son Être,—ce moi qui crée, qui veut et qui donne la mesure et la valeur des choses.
Et ce moi, l'Être le plus loyal—parle du corps et veut encore le corps, même quand il rêve et s'exalte en voletant de ses ailes brisées.

Il apprend à parler toujours plus loyalement, ce moi:et plus il apprend, plus il trouve de mots pour exalter le corps et la terre. Mon moi m'a enseigné une nouvelle fierté, je l'enseigne aux hommes: ne plus cacher sa tête dans le sable des choses célestes, mais la porter fièrement, une tête terrestre qui crée le sens de la terre!
J'enseigne aux hommes une volonté nouvelle: suivre volontairement le chemin qu'aveuglément les hommes ont suivi, approuver ce chemin et ne plus se glisser à l'écart comme les malades et les décrépits!

Ce furent des malades et des décrépits qui méprisèrent le corps et la terre, qui inventèrent les choses célestes et les gouttes du sang rédempteur: et ces poisons doux et lugubres, c'est encore au corps et à la terre qu'ils les ont empruntés!
Ils voulaient se sauver de leur misère et les étoiles leur semblaient trop lointaines. Alors ils se mirent à soupirer: Hélas! que n'y-a-t-il des voies célestes pour que nous puissions nous glisser dans un autre Être, et dans un autre bonheur!”—Alors ils inventèrent leurs artifices et leurs petites boissons sanglantes!

Ils se crurent ravis loin de leur corps et de cette terre, ces ingrats. Mais à qui devaient-ils le spasme et la joie de leur ravissement? A leur corps et à cette terre.
Zarathoustra est indulgent pour les malades. En vérité, il ne s'irrite ni de leurs façons de se consoler, ni de leur ingratitude. Qu'ils guérissent et se surmontent et qu'ils se créent un corps supérieur.

Zarathoustra ne s'irrite pas non plus contre le convalescent qui regarde avec tendresse son illusion perdue et erre à minuit autour de la tombe de son Dieu: mais dans les larmes que verse le convalescent, Zarathoustra ne voit que maladie et corps malade.
Il y eut toujours beaucoup de gens malades parmi ceux qui rêvent et qui languissent vers Dieu; ils haïssent avec fureur celui qui cherche la connaissance, ils haïssent la plus jeune des vertus qui s'appelle: loyauté. Ils regardent toujours en arrière vers des temps obscurs: il est vrai qu'alors la folie et la foi étaient autre chose.

La fureur de la raison apparaissait à l'image de Dieu et le doute était péché.
Je connais trop bien ceux qui sont semblables à Dieu: ils veulent qu'on croie en eux et que le doute soit un péché. Je sais trop bien à quoi ils croient eux-mêmes le plus.
Ce n'est vraiment pas à des arrière-mondes et aux gouttes du sang rédempteur: mais eux aussi croient davantage au corps et c'est leur propre corps qu'ils considèrent comme la chose en soi. Mais le corps est pour eux une chose maladive: et volontiers ils sortiraient de leur peau. C'est pourquoi ils écoutent les prédicateurs de la mort et ils prêchent eux-mêmes les arrière-mondes.

Écoutez plutôt, mes frères, la voix du corps guéri: c'est une voix plus loyale et plus pure.
Le corps sain parle avec plus de loyauté et plus de pureté, le corps complet, carré de la tête à la base: il parle du sens de la terre.
 
 

      DES TARENTULES



Regarde, voici le repaire de la tarentule! Veux-tu voir la tarentule? Voici la toile qu'elle a tissée: touche-la, pour qu'elle se mette à s'agiter.

 
Elle vient sans se faire prier, la voici: sois la bienvenue, tarentule! Le signe qui est sur ton dos est triangulaire et noir; et je sais aussi ce qu'il y a dans ton âme.

Il y a de la vengeance dans ton âme: partout où tu mords il se forme une croûte noire; c'est le poison de ta vengeance qui fait tourner l'âme!

C'est ainsi que je vous parle en parabole, vous qui faites tourner l'âme, prédicateurs de l'égalité! vous êtes pour moi des tarentules avides de vengeances secrètes! Mais je finirai par révéler vos cachettes: c'est pourquoi je vous ris au visage, avec mon rire de hauteurs!

C'est pourquoi je déchire votre toile pour que votre colère vous fasse sortir de votre caverne de mensonge, et que votre vengeance jaillisse derrière vos paroles de “justice”. Car il faut que l'homme soit sauvé de la vengeance: ceci est pour moi le pont qui mène aux plus hauts espoirs.
C'est un arc-en-ciel après de longs orages.

Cependant les tarentules veulent qu'il en soit autrement. “C'est précisément ce que nous appelons justice, quand le monde se remplit des orages de notre vengeance”—ainsi parlent entre elles les tarentules.

“Nous voulons exercer notre vengeance sur tous ceux qui ne sont pas à notre mesure et les couvrir de nos outrages”—c'est ce que jurent en leurs coeurs les tarentules. Et encore: “Volonté d'égalité—c'est ainsi que nous nommerons dorénavant la vertu; et nous voulons élever nos cris contre tout ce qui est puissant!”

Prêtres de l'égalité, la tyrannique folie de votre impuissance réclame à grands cris l'“égalité”: votre plus secrète concupiscence de tyrans se cache derrière des paroles de vertu! Vanité aigrie, jalousie contenue, peut-être est-ce la vanité et la jalousie de vos pères, c'est de vous que sortent ces flammes et ces folies de vengeance.

Ce que le père a tu, le fils le proclame; et souvent j'ai trouvé révélé par le fils le secret du père.
Ils ressemblent aux enthousiastes; pourtant ce n'est pas le coeur qui les enflamme,—mais la vengeance. Et s'ils deviennent froids et subtils, ce n'est pas l'esprit, mais l'envie, qui les rend froids et subtils. Leur jalousie les conduit aussi sur le chemin des penseurs; et ceci est le signe de leur jalousie—ils vont toujours trop loin: si bien que leur fatigue finit par s'endormir dans la neige. Chacune de leurs plaintes a des accents de vengeance et chacune de leurs louanges à l'air de vouloir faire mal; pouvoir s'ériger en juges leur apparaît comme le comble du bonheur.
Voici cependant le conseil que je vous donne, mes amis, méfiez-vous de tous ceux dont l'instinct de punir est puissant!

C'est une mauvaise vengeance et une mauvaise race; ils ont sur leur visage les traits du bourreau et du ratier. Méfiez-vous de tous ceux qui parlent beaucoup de leur justice! En vérité, ce n'est pas seulement le miel qui manque à leurs âmes. Et s'ils s'appellent eux-mêmes “les bons et les justes", n'oubliez pas qu'il ne leur manque que la puissance pour être des pharisiens!

Mes amis, je ne veux pas que l'on me mêle à d'autres et que l'on me confonde avec eux. Il en a qui prêchent ma doctrine de la vie: mais ce sont en même temps des prédicateurs de l'égalité et des tarentules. Elles parlent en faveur de la vie, ces araignées venimeuses: quoiqu'elles soient accroupies dans leurs cavernes et détournées de la vie, car c'est ainsi qu'elles veulent faire mal. Elles veulent faire mal à ceux qui ont maintenant la puissance: car c'est à ceux-là que la prédication de la mort est le plus familière. S'il en était autrement, les tarentules enseigneraient autrement: car c'est elles qui autrefois surent le mieux calomnier le monde et allumer les bûchers.

C'est avec ces prédicateurs de l'égalité que je ne veux pas être mêlé et confondu. Car ainsi me parle la justice: “Les hommes ne sont pas égaux.”Il ne faut pas non plus qu'ils le deviennent. Que serait donc mon amour du Surhumain si je parlais autrement?

C'est sur mille ponts et sur mille chemins qu'ils doivent se hâter vers l'avenir, et il faudra mettre entre eux toujours plus de guerres et d'inégalités: c'est ainsi que me fait parler mon grand amour! Il faut qu'ils deviennent des inventeurs de statues et de fantômes par leurs inimitiés, et, avec leurs statues et leurs fantômes, ils combattront entre eux le plus grand combat! Bon et mauvais, riche et pauvre, haut et bas et tous les noms de valeurs: autant d'armes et de symboles cliquetants pour indiquer que la vie doit toujours à nouveau se surmonter elle-même! La vie veut elle-même s'élever dans les hauteurs avec des piliers et des degrés: elle veut scruter les horizons lointains et regarder au delà des beautés bienheureuses,—c'est pourquoi il lui faut des hauteurs!

Et puisqu'il faut des hauteurs, il lui faut des degrés et de l'opposition à ces degrés, l'opposition de ceux qui s'élèvent! La vie veut s'élever et, en s'élevant, elle veut se surmonter elle-même. Et voyez donc, mes amis! voici la caverne de la tarentule, c'est ici que s'élèvent les ruines d'un vieux temple,—regardez donc avec des yeux illuminés!

En vérité Celui qui assembla jadis ses pensées en un édifice de pierre, dressé vers les hauteurs, connaissait le secret de la vie, comme le plus sage d'entre tous! Il faut que dans la beauté, il y ait encore de la lutte et de l'inégalité et une guerre de puissance et de suprématie, c'est ce qu'Il nous enseigne ici dans le symbole le plus lumineux.

Ici les voûtes et les arceaux se brisent divinement dans la lutte: la lumière et l'ombre se combattent en un divin effort.- De même, avec notre certitude et notre beauté, soyons ennemis, nous aussi, mes amis! Assemblons divinement nos efforts les uns contre les autres!—Malheur! voilà que j'ai été moi-même mordu par la tarentule, ma vieille ennemie! Avec sa certitude et sa beauté divine elle m'a mordu au doigt! “Il faut que l'on punisse, il faut que justice soit faite—ainsi pense-t-elle: ce n'est pas en vain que tu chantes ici des hymnes en l'honneur de l'inimitié!”

Oui, elle s'est vengée! Malheur! elle va me faire tourner l'âme avec de la vengeance! Mais, afin que je ne me tourne point, mes amis, liez-moi fortement à cette colonne! J'aime encore mieux être un stylite qu'un tourbillon de vengeance!

En vérité, Zarathoustra n'est pas un tourbillon et une trombe; et s'il est danseur, ce n'est pas un danseur de tarentelle!


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Oeuvre disponible en pdf sur la biliothèque virtuelle libre "diogene"

Par MANUJI - Ecrire un commentaire
 
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